COURIR EN 2050 : 4 SCENARIOS SUR LE FUTUR DU RUNNING

En 2026, tout le monde court. Mais dans 20 ou 30 ans, à quoi ressemblera vraiment la pratique du running ? Entre lassitude annoncée des formats classiques (marathon, trail, ultra), explosion du marché asiatique, et nouvelles expériences déjà en germe — ARC Project et ses tapis psychédéliques, Nike ACG et ses ultra-trails en boucle fermée, salles de trail indoor façon salles d'escalade, course virtuelle, training priming — cet article est un voyage prospectif dans le running de demain. Une chose est sûre : courir en 2050 n'aura plus grand-chose à voir avec courir en 2026.

ARTICLE

On Your Marks

6/19/202612 min read

INTRODUCTION

En 2026 tout le monde court.
Tout le monde tout le monde ? Non évidemment. Mais la course à pied n'a jamais été aussi populaire. Toutes les études et les indicateurs le montrent : pénurie de dossards, explosion du nombre de courses, croissance des marques de running, marqueur social, driver de la mode… bref c'est un véritable phénomène social.
Bien que la course à pied existe depuis des décennies, le véritable BOOM que nous connaissons remonte à peu de chose près au moment du COVID, donc en 2020.
Cela veut dire que ça ne fait que 6 ans que nous sommes submergés à grande ampleur d'images de running crew, de trail, d'ultra, de marathon. C'est peu !
Selon moi on est encore dans la phase "découverte" ou "conversion" : l'offre expérientielle du running n'a pas tellement changé depuis 20 ans : les trails sont les mêmes, les marathons aussi, mais l'engouement lui est nouveau. Donc comme il y a beaucoup de nouvelles personnes qui entrent dans ce monde, tout leur paraît nouveau et ils sont excités par cette pratique.
Je dis que l'offre est la même car les concepts sont les mêmes : un marathon, qu'on le court à Annecy ou à Shanghai, ça reste un marathon : 42,195km à parcourir. Même chose pour un trail ! À part les paysages, courir un trail ça reste rallier un point A à un point B. Les paysages, la densité, l'ambiance changent certes, mais dans le fond… les courses sont toutes les mêmes non ?

Que se passera-t-il dans 20-30 ans ? Quand on aura tous participé à notre Nème marathon ? Quand on aura écumé tous les trails ? Pire : quand on aura fait 10 ans de piste ?
Pour ceux qui sont uniquement en quête de performance, la répétabilité fait partie du process, donc j'imagine que ceux-là se lasseront moins. Mais pour les autres ? Les coureurs "lambda", le gros du peloton ?
Ce qu'ils cherchent eux, c'est l'émotion, le challenge, l'expérience, se dire qu'ils ont accompli un truc qu'ils n'auraient jamais cru possible avant ! Mais une fois qu'ils auront rendu l'impossible possible ? Que le running classique n'aura plus le même effet sur eux ?
Je pense que les gens se lasseront.
Pas de courir, ça j'y crois assez peu, on voit rarement des gens arrêter de courir. Une fois qu'on met le pied dedans c'est difficile d'arrêter.
Non, pour moi ils vont juste se lasser des courses. Ils chercheront de nouvelles expériences, de nouvelles façons de pratiquer le running.
Et je vous emmène dans un voyage dans le temps où on explore 4 scénarios de à quoi pourraient ressembler ces nouvelles expériences, qui vous le verrez ne sont pas si futuristes que ça.

1_ARC PROJECT : LA COURSE COMME DROGUE DURE

Courir procure des sensations : vitesse, douleurs, cardio, endorphine, mettre son corps en mouvement est un stimulus qui active notre cerveau. On sous-estime souvent la capacité du mouvement à stimuler notre cerveau. Et pourtant cela peut nous faire atteindre un véritable état. Plus que le "shot d'endorphine" que l'on est supposé ressentir après 30 min de jogging. Ceux qui pratiquent un sport avec un certain engagement savent de quoi je parle : l'état de flow. Le corps se fait oublier, les sens sont décuplés, l'esprit est parfaitement aiguisé. C'est un phénomène que certains pratiquants d'ultra-endurance atteignent : ultra-trail, ultra-cyclisme. Dans les faits, les scientifiques estiment que le véritable état de flow est extrêmement rare, mais le sport permet de s'en rapprocher.

Et si c'était ça le futur du running ? Et si l'expérience autour du running était entièrement tournée vers la recherche de sensations ? Et si le running de 2026 était une drogue douce… à quoi ressemblerait sa version drogue dure ?

C'est exactement ce qu'a cherché à faire ARC PROJECT avec son 4ème drop.

Lorsque l'on court, les stimuli sont limités : mouvement, musique, paysage ? Que se passerait-il si l'on poussait tous les curseurs au maximum pour vivre une expérience sensorielle maximale ? Peut-on recréer une expérience psychédélique grâce à son corps et à l'endurance ?

Imaginez un hangar sombre. Une centaine de tapis de course. Les inscrits s'élancent pour 24h de run sur tapis, avec de la musique à fond, des effets sonores et lumineux dignes d'une soirée techno.

Crédits Photo : ARC PROJECT

Je ne peux que vous recommander de vous balader sur leur site internet, qui est lui-même une expérience, mais surtout de rentrer dans leur concept, de voir leur compte Insta et les vidéos qu'ils ont uploadées. Ça vaut le détour. (SITE INTERNET ARC PROJECT)

À titre personnel, voir les vidéos de cette performance, cet événement (?), a eu l'effet d'une bombe. Et si depuis tout ce temps le running que je pratiquais n'était qu'une version édulcorée de ce que mon corps pourrait me faire vivre ?

Et si on allait plus loin que la simple stimulation sonore et visuelle ? Et si on y ajoutait d'autres formes de stimulation : des odeurs, des températures, des impulsions électriques, des matières…

Vous ne signez plus pour une course, pour un challenge, vous signez pour une véritable expérience sensorielle…

On dit souvent que l'on est "accro" au sport… mais serait-il possible de le devenir réellement ? Personnellement, participer à cet événement pourrait complètement me tenter.

ARC Project vient d'achever son DROP 4 et tease déjà le DROP 5. J'ai vraiment hâte de voir ce que cette initiative ouvrira comme champ des possibles dans le running.

A WAREHOUSE FULL OF TREADMILLS. 4 RUNNERS PER TEAM. RUN AS FAR AS YOU CAN IN 24 HOURS INSIDE A PSYCHEDELIC SIMULATION OF LIGHT AND SOUND.

A PROJECT DESIGNED TO SEE WHAT HAPPENS WHEN YOU FORCIBLY INTERRUPT THE CHEAP DOPAMINE AND SHALLOW INTERACTIONS OF THE MODERN WORLD.

AND DELIVER RUNNERS BACK TO DEFAULT REALITY MORE AWARE OF THE EVERYDAY THAT ATTEMPTS TO EAT US.

THE PROJECT IS OVER. BUT THE EXPERIMENT HAS ONLY JUST BEGUN.

Cette expérience est composée de 4 phases :

Crédits Photo : ARC PROJECT

Crédits Photo : ARC PROJECT

2_ARTIFICIAL TRAIL RUNNING :

Le trail running devient de plus en plus populaire à l'échelle mondiale. Nous, les Français, on commence à être habitués, car c'est une pratique qui trouve une de ses origines directement chez nous, dans les Alpes, depuis plus de 50 ans. Mais comprenez bien qu'en Chine, et plus largement en Asie, cette pratique va tout simplement EXPLOSER dans les années à venir. Les organisateurs (UTMB) et les marques affirment que LE prochain gros marché du running et du trail est l'ASIE. Mais pour faire du trail, au sens propre, il faut… des sentiers, des montagnes, du dénivelé. Or sur Terre, et particulièrement dans les milieux qualifiés de "riches", les montagnes sont une exception. Dans une grande mégapole, où trouver les structures qui permettent de pratiquer sans avoir à se déplacer à l'autre bout du pays ? Comment satisfaire une demande croissante lorsque les consommateurs n'ont pas accès au terrain de jeu ? Comment se préparer pour un UTMB lorsque l'on vit à Shanghai, New York ou Paris ?

CREDITS PHOTOS / NIKE RUNNING

Un ultra-trail de 100km à parcourir en effectuant 666 boucles d'une boucle de 150m. Ça paraît stupide, mais il y a bien des gens qui ne courent qu'en salle, exclusivement sur tapis. Je pense sérieusement que c'est quelque chose qui pourrait très sérieusement devenir une norme dans les années à venir.

Et si… on faisait comme en escalade ? L'escalade fait face au même problème ! Comment trouver des falaises lorsque l'on est en ville ? Eh bien, ce sport a développé un business entier sur ce blocage : les salles d'escalade. Recréer une pratique artificielle qui reproduit presque tout de l'escalade classique.

Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer la même chose pour le trail ?

Des hangars immenses, avec du relief, de la boue, des rochers, des singles qui viendraient répliquer de vrais trails ? Une boucle de 3-4km avec 200m de dénivelé, différentes parties techniques, surfaces, pentes. On pourrait imaginer un immense hangar comme la salle d'escalade d'Aubervilliers à côté de Paris, où l'on pourrait payer son entrée à l'heure, ou avoir un abonnement. Plus besoin de faire de WE choc à Chamonix ou de s'infliger des allers-retours à Montmartre : en 30min vous êtes sur un GR artificiel. Et évidemment vous pourriez y retrouver tout ce qui fait le succès des salles d'escalade : une refonte fréquente des parcours, un bar, des afterworks, une communauté, etc. On pourrait même imaginer que cette pratique de nécessité devienne une pratique à part entière, avec ses compétitions, ses athlètes, ses spécificités. Exactement comme le bloc en escalade.

Est-ce que c'est si délirant que ça ? Pour moi, un peu, mais pas tant que ça depuis que j'ai vu que Nike avait organisé quelque chose de très similaire à Milan, avec sa campagne ACG, en collaboration avec Mental Athletic :

3_VIRTUAL RUNNING

Et si on dématérialisait complètement le running ? Imaginez un futur dans lequel, pour des raisons économiques et écologiques, nous n'aurions plus la même "facilité" à voyager dans le monde. Imaginez que le vivier de coureurs chinois qui grandit ne puisse pas venir en France pour courir l'UTMB, ou que, dans l'autre sens, nous ne puissions plus aller aux États-Unis pour courir dans les Rocheuses. Tournons même la question à l'envers : n'avez-vous pas rêvé de pouvoir "courir" n'importe où ? Parcourir l'ultra-trail de la Grande Muraille de Chine ? Un trail en Patagonie ? Voire même courir sur la Lune ?

On (les humains) commence à être vraiment fort dans tout ce qui est simulation, réalité virtuelle, et stimulation physique. On pourrait complètement imaginer que, dans 30 ans, vous puissiez, chez vous, sur un tapis de course spécial et avec un équipement (combinaison, électrodes, masque), recréer avec une très grande fidélité n'importe quel parcours au monde.

C'est un peu tiré par les cheveux bien sûr, et ça suppose quand même de grands progrès technologiques. Mais une fois de plus, est-ce que c'est si déconnant que ça ?

Qu'est-ce qui me fait penser que c'est possible : les visites de musée via Google. Il est aujourd'hui possible de visiter le Louvre à Paris directement depuis chez soi grâce à la réalité augmentée. Alors oui, on est loin de recréer tout un environnement physique, mais quand on voit qu'il y a à peine 20 ans on jouait aux jeux vidéo sur GameCube, et que maintenant des salles de réalité augmentée ouvrent dans certaines villes, il n'est pas si délirant de rêver que dans 20 ans on pourra recréer parfaitement les sensations physiques, le terrain, les pentes, l'atmosphère, les paysages d'un trail.

Personnellement, je ne sais pas si c'est quelque chose qui m'attire, mais je me dis que ça saurait trouver son public. Par exemple des professionnels qui souhaitent faire une reconnaissance sans avoir à se déplacer, ou des personnes qui n'ont pas les moyens de voyager. On pourrait même se dire qu'on pourrait courir sur Mars, ou dans n'importe quel environnement imaginable.

4_TRAINING PRIMING

On entend souvent cette phrase : "lui c'est un champion de l'entraînement." Sous-entendu : quelqu'un qui fait tout bien, qui est fort pendant toute la prépa, mais qui le jour J se dégonfle, fait une contre-perf, ou craque. Je sais que parmi les lecteurs d'On Your Marks il y en a forcément. Moi-même j'ai tendance à jouer souvent dans cette équipe.

Et si cette expression devenait littéralement vraie ? Et si on pouvait être un champion de l'entraînement, au sens propre, avec un titre, une reconnaissance, une valeur ?

Aujourd'hui, ce qui valorise un niveau, c'est la concrétisation d'une performance. On s'entraîne pendant des mois, parfois des années, pour être jugé sur un seul jour, une seule tentative. Et cette performance ne reflète pas toujours ce qu'on est physiquement et mentalement capable de délivrer. Le trac, une mauvaise nuit, une météo pourrie, un point de côté au mauvais moment : tout ça peut effacer des mois de travail en quelques heures.

Cette absence de filet de rattrapage crée une vraie frustration chez l'athlète, et peut même développer une peur de la compétition, alors même que la personne adore s'entraîner. On connaît tous quelqu'un comme ça : extrêmement régulier, extrêmement sérieux à l'entraînement, et incapable de transformer ça en chrono le jour de la course.

Mais imaginons qu'on trouve un moyen de valoriser l'entraînement lui-même, avec précision, et de l'élever au rang de performance à part entière. Le concept est un peu perché, mais suivez-moi.

Imaginons qu'un laboratoire d'évaluation de la performance ait mis au point une méthode d'analyse révolutionnaire : à partir d'une simple goutte de sang, on peut déterminer avec une précision à la seconde près votre chrono potentiel sur n'importe quelle distance. Pas une estimation, une certitude physiologique.

Vous êtes en ce moment dans une forme exceptionnelle et vous voulez savoir ce que vous valez sur marathon. Vous recevez un kit de prélèvement avec un capteur, vous prélevez une goutte, vous l'introduisez dans la machine, et une minute plus tard, le lecteur vous annonce : vous êtes physiquement capable de courir un marathon en 2h34'28''.

Vous n'avez pas couru ce marathon. Vous ne vous êtes pas battu pour ce chrono. Vous n'avez pas souffert pendant 2h34'28''. Mais vous vous êtes entraîné pendant des semaines, et voilà ce que vous valez.

Ça pourrait complètement révolutionner notre rapport à la compétition et à la performance. On ne chercherait plus à valoriser un processus via une exécution ponctuelle, mais le processus lui-même, directement. Imaginons toute une structure de compétition officielle où ce n'est plus la performance du jour J qui compte, mais cette valeur mesurée. Pas d'exécution en une seule fois, simplement l'évaluation du meilleur niveau physique atteint.

Évidemment, on peut me dire que c'est trop facile : la machine m'annonce que je vaux X, et ce serait donc la vérité ? Non, la compétition n'est pas que physique. C'est le mental, les conditions extérieures, une part de hasard, de chance, de gestion de la pression. Ce qui fait un champion, c'est justement cette capacité à mettre tout en place pour attraper la performance au bon moment, dans l'instant qui compte. Si on retire ça, la performance n'est plus aussi belle. Elle perd sa dimension de récit, d'exploit, de moment suspendu.

Et je comprends parfaitement cette objection. Je suis moi-même nourri par ce référentiel-là depuis que je cours : la course comme épreuve narrative, où le mérite vient justement du fait qu'on a su transformer un potentiel en réalité, sous pression, un jour précis. Retirer le jour J, c'est retirer une partie du drame, donc une partie du plaisir qu'on prend à regarder ou à vivre une compétition.

Mais je pense que ce jugement dépend entièrement du référentiel dans lequel on se place. Au regard de notre culture actuelle de la compétition, oui, ce chrono "de laboratoire" ne vaut rien : il n'a pas été gagné, il n'a pas été souffert, il n'a pas de récit. Mais si le référentiel change, si on accepte de valoriser le process en lui-même comme une discipline à part entière, alors ça change tout. Ce ne serait plus une compétition "à la place de" la course classique, mais une compétition différente, avec ses propres codes, sa propre légitimité, son propre public.

Un peu comme le 100m et le marathon ne se comparent pas et coexistent très bien : on pourrait très bien imaginer que la performance "exécutée" et la performance "potentielle" deviennent deux disciplines distinctes, chacune avec ses champions, ses records, sa communauté. Les puristes continueront de dire que seul le chrono gagné sur la ligne compte. Mais je ne serais pas surpris qu'une partie des coureurs, justement ceux qui souffrent de ce décalage entre leur niveau réel et leur capacité à le sortir le jour J, trouvent dans ce nouveau référentiel une reconnaissance qu'ils n'ont jamais eue.

A mediter.

ET POUR VOUS ? C'EST QUOI LE FUTUR ?

C'est tout pour cet article. J'espère vraiment que ça vous aura plu et que vous aurez pu vous prendre au jeu d'imaginer le futur du running.

N'hésitez pas à nous envoyer un message sur Insta pour nous dire si ça vous a plu. On pourra complètement faire une partie 2 si vous avez des idées à nous envoyer.

Courez bien et à très vite.

Ndlr : si jamais on voit qu'un concept devient réel, on est chauds d'avoir des royalties !

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